Ramène ta fraise !
• Pan ! Il suffit d’un morceau de musique, d’un mot, d’une situation et ça te ramène dans les tréfonds de ta mémoire, là où tout est parfaitement bien rangé, du moins tu le pensais que tout était parfaitement bien rangé, toi t‘as de l’ordre !
Et là, une toute première petite note de musique, ça te fait mal au bide, ça fait circuler du sucre sous ta peau, ça t’interpelle parce que ce souvenir là, tu l’avais bien oublié, enfoui, avalé, digéré ! Malin ou maligne que tu es !
Et pourtant, cette petite sensation, ce souvenir, que tu ne sais pas associer à de la mélancolie ou du bonheur, il est là, au milieu de tout le monde à te coller aux pattes. Oui t’as raison, c’est ça, mets tes lunettes opaques, comme ça personne ne verra que ça te ramène aux bruits de « quand t’étais petite ». Tu l’entends là… ce bruit perçant, ce silence… ? Ce silence dans lequel on te laissait parce que sans doute on ne le voyait même pas, ton silence…
Tu le tiens ce petit souvenir de « quand t’étais petite », sur cette plage au soleil d’août, avec ton maillot de bain jaune crocheté par ta grand-mère ? A ce sujet, je me permets un aparté : « merci mémé, parce que le crochet c’est certes joli, sauf que ça ne tolère pas bien la sortie de l’eau, et autant te dire qu’à cet âge là, tu es bien bien bien loin du tube international « l’été s’ra chaud, dans les T-shirts, dans les maillots » et que t’as surtout pas envie que l’on voit la moindre partie de ta petite intimité, et par conséquent le crochet c’est pas l’idéal.
T’es toujours là ? T’as pas lâché ton souvenir ? Celui qui te sert le kiki, celui qui te fait dire « il y a déjà 10 ans », ah mais non « 20, 30, 40 », celui qui te met une petite tapette derrière la nuque « Et oh ! Tu crois quoi ? Que tu ne vieillis pas ?!! », ce petit souvenir doux’lour’eux —> Vous avez remarqué ce mot… Parfois un souvenir avec « eux », c’est « lourd »ement « doux » ou « dou »cement « lourd », c’est selon.
Bah moi mon petit souvenir du jour, c’est une plage de Bretagne, au mois d’août (parce que mon père était ouvrier et un ouvrier ça ne part pas en vacances en juillet), un parasol rouge, celui de mes parents, et moi avec un corps déjà embarrassant car très tôt petitement grand, les cheveux mal coupés, ou alors bien coupés si j’avais été un garçon, parce que ma mère s’était improvisée coiffeuse cet été là et ça franchement, une fois de plus , de sa part ce n’était pas l’idée du siècle, jouant sur le sable mouillé, parce qu’en Bretagne le sable est souvent mouillé et pas seulement à cause des marées hautes, cherchant à capter les regards d’amour des gens que j’aimais, de ma famille, de ma mère, de mes pères, d’eux…, et moi, plissant les yeux pour ne pas montrer au soleil qu’il me faisait pleurer, lui aussi…
Un souvenir faut toujours que ça ramène sa fraise quand on ne lui demande rien ! •


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