Coco bel oeil !



• Punaise, que c’est dur un sol en coco ! Et encore, je m’en sors bien car j’ai vu ma tête passer très très près du gros radiateur en fonte lorsque je suis tombée… Tombée c’est un euphémisme ! Effondrée surtout ! Parce qu’un poing au bout d’un gros bras et ledit gros bras au bout d’un corps de  140 kg et 2 m de haut, forcément ça fait facilement tituber, vaciller, tomber !
Au fond de moi, j’ai peur, très peur … « Là… je crois que cette fois c’est la fin, je vais mourir là par terre sur ce putain de sol en coco qui me fait mal ».
Mourir…, j’y suis j’y reste…, à force de le chercher, je l’ai trouvé…


Est-ce que quelqu’un va s’apercevoir rapidement de mon absence ? Je ne travaille plus, je n’ai pas de contact amical ici dans cette ville, je me suis arrangée pour ne donner que des nouvelles évasives à mes proches qui sont de toute façon loin, afin qu’ils ne s’inquiètent pas et surtout ne posent pas de question, donc à priori, j’ai tellement bien organisé mon sabotage qu’il peut se passer plusieurs jours avant que l’on s’inquiète, j’ai le temps de me vider de toutes les substances corporelles et salir ce sol en coco de merde !

J’essaye de bouger. D’abord ma tête, mais à raison de 150 kg, soit le poids ressenti du haut de mon corps, il ne se passe rien, pas grave, bougeons les bras, les jambes, bon bah là c’est clair, j’ai pris au moins 500 kg en tombant sur ce sol en coco qui pue la mort, car malgré mes efforts, rien ne bouge…

J’entends… loin… le bruit de la TV, il doit être en pleine panique de son ultime geste, il doit être parti chercher de l’aide, en même temps, qu’il prenne son temps car ce n’est pas si paniquant de se sentir partir, c’est tellement épuisant de me battre pour vivre dignement, de me battre pour savoir si je dis ou non le mot qui va tout déclencher, de me battre pour vivre sereinement, de me battre pour ne plus me sentir une merde (petit nom affectueux dont il m’affublait dans de grands élans de tendresse), de me battre pour ne plus avoir honte d’accepter d’être traitée ainsi. Alors mourir maintenant m’évitera tous ces combats qui de toute façon me mènent à l’inéluctable si je ne m’arrache pas de ses griffes.

J’ai mal… J’ai mal à la tête, j’ai mal au visage, j’ai mal aux yeux que je n’arrive pas à ouvrir et j’attends… j’attends tranquillement de m’endormir et paradoxalement j’attends aussi que quelqu’un vienne me sauver. J’attends… J’attends… Je ne sais pas combien de temps je reste allongée là sur ce sol en coco qui m’a fait un bel oeil en me fracassant la tête dessus en tombant…

Malheureusement, il faut bien me rendre à l’évidence, je reviens à moi tout doucement, il va donc falloir que je vive à nouveau ? Les bruits ambiants sont de plus en plus proches, je ne sais pas de quoi il s’agit mais mon imagination me joue des tours, je crois que l’on va s’occuper de moi, me remettre debout au sens propre comme au sens figuré, je dois être entre de bonnes mains qui vont me protéger, m’aider, forcément, ça ne peut pas être autrement ! Je ne peux pas crever seule sur ce putain de sol en coco !

Je lève ma tête ou du moins ce qui ressemblait à une tête avant… La TV…, j’entends toujours la TV dans la chambre, c’est normal, il n’a pas pris le temps de l’éteindre avant d’aller chercher du secours, j’imagine sa panique. « Comment est-ce qu’on va se sortir de ça… ? » Voilà à quoi je pense.

Mes jambes, mes bras, me portent à 4 pattes jusqu’à la chambre, je rampe comme une limace et je le vois là… allongé sur le lit en train de regarder la TV… En même temps, la fois précédente il s’était endormi… • 

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