J'absorbe, j'éponge ma vie...
• Je suis une éponge… Depuis cette date moche de février, rien ne passe près de moi sans que je l’absorbe.
Et comme si ce n’était pas assez douloureux, je gratte les souvenirs pour bien les faire réapparaître, je frotte ce qui est moche, je récure le passé, je me rince les mirettes à l’eau salée, je me presse pour ne rien oublier.
L’abrasivité de cette absence est en moi, elle a tout rendu poreux pendant presque un 1/2 siècle, puis s’est muée en douceur des retrouvailles inattendues.
Cette main à la peau fine, avec dans des veines beaucoup trop apparentes pour ne pas prendre conscience qu’il nous restait très peu de temps ensemble, la même couleur violette que cette éponge… Cette main qu’il a eu le courage de sortir du drap qui puait la fin, tenant ainsi pour la première fois la main de son enfant, un 1/2 siècle plus tard…
Et si là vous vous demandez pourquoi une éponge violette ? Même si cette question me paraît franchement saugrenue, je peux répondre deuxpointsouvrezlesguillemets : « et pourquoi pas ?! »
Mais comme je suis rincée, fatiguée, je peux me laisser aller à quelques confidences en vous répondant : simplement parce qu’en ce moment je suis une éponge qui absorbe toute une vie.
Se souvenir simplement qu’un 1/2 siècle plus tôt, il a déposé près de moi, dans cette chambre de maternité, un petit bouquet de violettes – expression d’un amour caché – et cette seule pensée compense ce 1/2 siècle de rugosité •



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